Lorsque nous avons décidé de partir au Panama, nous avons bien sûr commencé par chercher des informations sur Internet. Assez rapidement, nous sommes tombés sur le réseau Toutpanama, et cela nous a tout de suite intéressés. Lorsque nous voyageons, nous aimons beaucoup travailler avec des organismes locaux incluant des occidentaux, c’est l’interface gagnante pour sortir des sentiers battus tout en comprenant nos besoins. Contacter Toutpanama a été notre première très bonne idée du voyage.
Yoann et l’équipe nous ont aidés à organiser toute la partie logistique — location de voiture, étapes, réservations, contacts locaux — mais aussi, et peut-être surtout, à réfléchir à la construction du voyage lui-même : ce qui était faisable, ce qui correspondait à nos envies, ce qu’il fallait prévoir autrement, ce qu’il valait mieux éviter. Leurs conseils ont été précieux. Ils ont même parfois été très protecteurs, notamment dans leurs avertissements sur la conduite au Panama — avertissements qui nous ont semblé, après coup, un peu plus prudents que la réalité que nous avons vécue. Mais je ne suis peut-être pas le meilleur exemple : j’ai déjà conduit dans pas mal de pays, comme au Gabon ou en Afrique du Sud, et je suis donc peut-être un peu moins impressionnable sur ce point. Au-delà de l’itinéraire général, nous avions organisé avec Toutpanama deux immersions particulières : l’une dans la région de Guna Yala / San Blas, l’autre auprès d’une communauté Emberá. Ces expériences ont été parmi les moments les plus forts de notre voyage.
Ce que je tiens aussi à souligner très clairement, c’est la réactivité et la flexibilité de Toutpanama. Nous avons dû, au dernier moment, reporter notre voyage de décembre à février à la suite de funérailles dans la famille. Dans ce genre de situation, on a évidemment autre chose à gérer que toute la mécanique d’un voyage déjà organisé. Toutpanama a été extrêmement réactif : tout a pu être déplacé, réadapté, retransposé à nos nouvelles dates, sans que nous ayons à nous inquiéter. Cela nous a permis de conserver l’esprit et la structure du voyage prévu, simplement à un autre moment.
Cette réactivité s’est aussi révélée essentielle pendant notre séjour à San Blas. Nous devions d’abord passer du temps sur une île-village, Corbiski, avec l’idée d’une immersion auprès des habitants. Mais, une fois sur place, l’organisation locale n’a pas fonctionné comme prévu : la personne qui devait nous accueillir et nous guider n’était pas présente, et nous nous sommes retrouvés assez isolés, dans un coin de l’île où nous n’avions finalement pas accès à la population.
L’endroit avait quelque chose d’étrange, presque fantomatique : une petite place déserte et sans charme où nous étions confinés, le sentiment de présences timides derrière une porte fermée qui donnait accès au reste du village, des gens qui venaient nous apporter é manger et repartaient sans un mot, le tout sur un quai sans possibilité de se baigner. Nous avons alors contacté Toutpanama, qui a immédiatement réagi. L’équipe a repris contact avec les relais locaux et a organisé notre transfert vers une autre île : Miryadub.
Et là, tout a changé.
Se retrouver à Miryadub, puis découvrir l’archipel des San Blas à partir de là, a été une expérience fantastique. Difficile de décrire autrement ces îles que comme une sorte de paradis simple et préservé : des bleus incroyables, des îlots magnifiques, la mer partout, mais sans le côté artificiel d’un resort ou d’un club de vacances. On pourrait oser une comparaison : les Maldives, mais sans le Club Med — et avec une vraie immersion locale.
Sur Miryadub, nous avons vécu chez Ludi - la propriétaire de l’île - et sa famille. Nous partagions leur quotidien tout en profitant de la beauté exceptionnelle des lieux.
Nous mangions ce qu’ils pêchaient, nous discutions avec eux, nous passions du temps avec les enfants de la famille, alors en vacances. Tout était très simple : une cabane suffisante, des sanitaires dans un petit cabanon ailleurs sur l’île, pas d’électricité la nuit. Mais cette simplicité faisait justement partie de l’expérience. Elle nous plaçait pleinement dans la nature, dans le rythme de l’île, dans une forme de présence au monde très rare.
Nous nous sommes sentis accueillis comme dans une famille. Les discussions avec Ludi sur sa vie, le quotidien de l’île, la culture Guna, les réalités locales, nous ont donné de nombreux moments de partage, de rires et de chaleur humaine. Nous avons aussi profité de la mer, des baignades, des excursions vers d’autres îles organisées avec elle. Là encore, nous n’avions pas le sentiment d’être “déposés” quelque part comme de simples touristes, mais vraiment accompagnés, accueillis, intégrés autant que possible dans la vie du lieu.
Ce séjour à Miryadub a été un moment hors du temps. Une immersion à la fois dans une culture, dans une famille, et dans un environnement naturel absolument paradisiaque. Nous n’avions aucune envie de repartir, et nous aurions volontiers prolongé l’expérience de quelques jours — voire de quelques semaines.
Nous avions choisi la proposition de quatre jours, et c’était déjà magnifique. Mais pour nous, au vu de la sérénité trouvée sur place, un séjour plus long aurait eu tout son sens. À condition, bien sûr, de savoir ce que l’on vient chercher : très peu d’activités au sens classique, pas de confort sophistiqué, pas d’animation. Mais la possibilité de ralentir, d’observer, de lire, de se baigner, de discuter, de partager un peu de vie locale, et de simplement être là. C’est précisément ce que nous étions venus chercher.
Notre immersion auprès des Emberá a été très différente, mais tout aussi forte.
Là aussi, nous avons eu la chance que les enfants soient en vacances.
Cela a changé beaucoup de choses dans la manière dont nous avons vécu le séjour. Nous avons bien sûr échangé avec les adultes, mais aussi avec les adolescents et les enfants. Voir les plus jeunes jouer partout, courir, rire, inventer leurs jeux, sans smartphone, sans écran, nous a rappelé quelque chose de très simple et de très beau : ce que peut être une enfance quand l’espace, la rivière, le village et les autres enfants deviennent le terrain naturel de la vie quotidienne.
Les adolescents, eux, étaient souvent curieux. Certains venaient discuter avec nous, à la fois pour nous raconter leur vie et pour comprendre la nôtre. Cela donnait des échanges très spontanés, très directs, parfois drôles, parfois touchants. On sent chez les Emberá une communauté qui vit encore fortement dans sa culture, dans un lien direct avec la nature, mais qui n’est pas fermée sur elle-même. Au contraire, elle est curieuse du monde extérieur et capable d’échanger avec beaucoup d’intelligence et d’ouverture.
Ce que nous avons beaucoup apprécié, c’est que cette forme d’accueil touristique reste très mesurée. Il ne s’agit pas d’un village transformé en attraction. Ils accueillent, semble-t-il, très peu de touristes à la fois — parfois seulement un couple — ce qui permet de ne pas perturber la vie du village. On comprend aussi que ces séjours leur apportent un revenu utile, notamment pour des besoins très concrets : le pétrole du groupe électrogène, l’école des enfants, certaines dépenses collectives. Mais cela ne donne jamais le sentiment d’un tourisme forcé ou artificiel.
L’expérience consiste moins à “vivre avec eux” au sens où nous l’avons vécu chez Ludi à Miryadub, et davantage à venir chez eux, à découvrir leur monde, à poser des questions, à observer, à se rendre disponible. Après l’accueil, il faut aussi faire sa part : aller vers les gens, se promener dans le village, montrer sa curiosité, accepter les silences, laisser les rencontres se faire. Et lorsqu’on le fait, les échanges arrivent naturellement. L'ensemble de la communauté compte environ 60 personnes, une grande famille issue d'un père, Rolando, et de 3 frères qui dirigent la tribu ensemble. Chaque famille a sa case, contribue à la communauté. Les enfants vont à l'école hors du village, certains font des études,ou en rêvent La philosophie est simple, tant qu'un certain nombre d'entre eux reviennent vivre au village, la communauté peut perduurer. C'est fragile, parmi les 4 générations présentes on sent la dernière différente, les enfants se parlent en espagnol entre eux plus qu'en dialecte. Mais l'exemple des 3 frères reste fort, Christian (ci-dessous) qui nous a accueilli a étudié à Panama City et a décidé de vivre en harmonie avec la nature et avec les siens.
Nous avons partagé des moments dans la cuisine, dans les ateliers, au bord de l’eau, sur le lac, dans le village. Ils nous ont montré leur environnement, leur manière de vivre, certaines pratiques, certains objets, certains savoir-faire. On sentait une vraie envie de faire connaître leur culture, mais sans mise en scène excessive. C’était plutôt une rencontre tranquille, respectueuse, avec des gens très éduqués, très conscients de leur choix de vie, et profondément attachés à leur communauté.
La nuit dans la cabane a aussi fait partie de l’aventure. La cabane était en hauteur, accessible par un tronc taillé qui servait d’escalier. Avec mon gabarit, monter et descendre relevait parfois de l’expérience en soi ! Disons que je ne conseillerais pas forcément cette partie à des octogénaires, mais pour nous cela faisait partie du charme du séjour. Le logement était simple, suffisant, et parfaitement cohérent avec l’esprit de découverte dans lequel nous étions.
Cette immersion Emberá n’était donc pas la même expérience que Miryadub. À Miryadub, nous avions vraiment eu le sentiment de vivre dans une famille, dans la durée, au rythme d’une île. Chez les Emberá, nous étions davantage dans la découverte d’une communauté : ils nous accueillaient, nous montraient, nous expliquaient, répondaient à nos questions, et nous laissaient aussi circuler, observer, entrer progressivement en relation.
Les deux expériences se complétaient magnifiquement.
L’une nous a donné un sentiment de vie partagée, de chaleur familiale et d’abandon au rythme d’une île paradisiaque. L’autre nous a permis d’approcher une société, une culture, une manière de vivre en lien avec la nature, avec des échanges humains très forts dès lors que l’on prend le temps d’aller vers les autres.
Au fond, c’est peut-être cela que nous retiendrons le plus de ce voyage organisé avec Toutpanama : non pas seulement des paysages, même s’ils étaient magnifiques ; non pas seulement une bonne organisation, même si elle a été essentielle ; mais la possibilité d’accéder à des formes de rencontre que nous n’aurions probablement jamais pu construire seuls.
Toutpanama nous a aidés à préparer le voyage, à l’ajuster, à le rendre possible. Puis, lorsque les choses ne se passaient pas exactement comme prévu, ils ont été présents, réactifs, attentifs. Et grâce à ce travail en amont comme pendant le séjour, nous avons pu vivre des moments rares : dormir sur une île Guna, partager le quotidien de Ludi et de sa famille, discuter avec les enfants Emberá, traverser des paysages magnifiques, et sentir, par instants, que le voyage devenait autre chose que des vacances. Il devenait une rencontre.
Merci à toute l’équipe, du fond du coeur. Les images et les émotions nous habitent encore 2 mois après.
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